Le cégep : un modèle québécois qui continue de faire ses preuves

Ainsi donc, une fois de plus, la pertinence des cégeps est remise en cause sur la place publique. Même si le premier ministre Philippe Couillard a rapidement remis le couvercle sur la marmite qu’a mis un peu vite au feu l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec à l’occasion de son récent congrès, reste que cette question est soulevée de manière périodique dans l’actualité.

Mais les faits sont têtus. Et ils viennent contredire l’affirmation voulant que le cégep soit une institution dépassée. Plusieurs voix se sont d’ailleurs rapidement élevées pour le rappeler à qui veut bien l’entendre, notamment ici et .

Pour ma part, je crois qu’il n’est pas inutile de rappeler quelques objectifs qui ont guidé la mise en place du modèle actuel des cégeps :

  • assurer au plus grand nombre possible d’étudiants qui en ont les aptitudes la possibilité de poursuivre des études plus longues et de meilleure qualité;
  • cultiver l’intérêt et la motivation chez les étudiants, pour diminuer le nombre des échecs et des abandons;
  • favoriser une meilleure orientation des étudiants selon leurs goûts et leurs aptitudes;
  • uniformiser le passage des études secondaires aux études supérieures et mieux préparer les étudiants à entreprendre ces dernières.

Or, à la lumière des résultats obtenus par les cégeps au cours des dernières décennies, force est de constater que ces objectifs ont été largement atteints et continuent de l’être :

  • de 1967 à 2010, les cégeps ont amené plus de 1,6 million de jeunes à obtenir un diplôme d’études collégiales, dont 44 % en formation technique et 56 % en formation préuniversitaire;
  • le Québec occupe aujourd’hui la première place au Canada pour ce qui est de l’obtention d’un diplôme postsecondaire chez les 18-24 ans : près de 50 % d’entre eux possèdent un diplôme postsecondaire au Québec, contre 29,9 % en Ontario, 25,5 % en Colombie-Britannique et 25,1 % en Alberta;
  • un jeune de 18-24 ans sur deux environ possède un tel diplôme au Québec alors que dans l’ensemble du Canada, moins d’un jeune sur trois en moyenne détient ce diplôme.

Par ailleurs, comme le voulait également le rapport Parent, le cégep est avant tout « la chose de son milieu », c’est-à-dire un véritable outil de développement économique, social et culturel qui permet en outre aux jeunes de rester dans leur région et d’y obtenir un diplôme qualifiant. Ces techniciens et technologues qualifiés forment une main-d’œuvre précieuse pour les entreprises en région, en plus d’attirer celles qui désirent s’y installer.

Quand j’entends certains dire que les cégeps sont déconnectés du marché du travail du 21e siècle, j’ai envie de les envoyer sur la Côte-Nord visiter le Cégep de Sept-Îles qui, par exemple, a développé des programmes qui répondent aux besoins en formation de main-d’œuvre spécialisée des géants de l’industrie minière et de l’aluminium que sont ArcelorMittal, Rio Tinto, Aluminerie Alouette et Alcoa, pour ne nommer que ceux-là. Ils pourraient également aller faire un tour en Mauricie du côté du nouveau pôle d’excellence en jeux mobiles et sociaux Digihub, un incubateur pour la création d’entreprises dans le domaine dont le Collège Shawinigan gère le volet formation, ou encore en Estrie du côté de la compagnie IBM Bromont, où chaque contremaître doit compléter un programme de formation sur mesure offert par le Cégep de Granby. Je pourrais continuer en parlant de la formation continue offerte aux adultes et des services offerts aux entreprises par les cégeps dans toutes les régions et dans tous les grands centres du Québec. Mais ce serait oublier les activités de recherche appliquée et d’aide technique assumées par les centres collégiaux de transfert de technologie qui profitent pour une large part directement aux petites et moyennes entreprises établies sur l’ensemble du territoire.

Cela dit, il ne faut jamais rater une occasion de s’améliorer et ce n’est pas d’hier que rendre les programmes de formation encore plus flexibles et mieux adaptés au marché du travail compte parmi nos priorités — et nos demandes. Nous sommes donc très heureux que donner de l’assouplissement et de la marge de manœuvre au réseau collégial fasse également partie des priorités du ministre Yves Bolduc, et ce, sans pour autant sacrifier la formation générale donnée par les cégeps, qui contribue à faire de nos jeunes des citoyens aussi critiques qu’éclairés. Une réflexion en vue d’actualiser la formation générale au cégep a d’ailleurs été entamée et fait également partie de nos priorités.

Le ministre peut d’ores et déjà être assuré de la pleine et entière collaboration de la Fédération des cégeps pour continuer à peaufiner le modèle québécois du cégep qui nous sert si bien collectivement depuis près de 50 ans.

 

 

 

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